Dans cet épisode :
Tu rentres chez toi après une longue journée, porté par une fatigue diffuse et quelques pensées qui s’accrochent. Entre une course de dernière minute et des gestes ordinaires, le monde continue de faire du bruit autour de toi. Mais peu à peu, tu t’en éloignes, jusqu’à t’offrir un moment rien qu’à toi.
Transcription de l'épisode :
Retrouve la transcription complète de l'épisode ainsi que toutes les références sur puissantbazar.ch : https://puissantbazar.ch/spectacle-du-reel
Production :
Présentation, rédaction, enregistrement et site internet : Laurent Mäusli
Crédits musiques :
Générique/intro : "Arbor Lane" par Zach Foty
Musiques libres de droits :
Spectacle du Réel ne serait pas tout à fait pareil sans musique. Pour créer l'ambiance que j'ai en tête je plonge et pioche dans le vaste catalogue des sources suivantes :
- Audiio (lien affilié) : https://ref.audiio.com/th53nw5b
- Uppbeat : https://uppbeat.io/
Soutiens l'émission :
J'adore faire des podcasts, mais cela demande des ressources importantes en temps et en argent. Si mon travail a changé ta vie ou juste ta journée, si tu as souri en entendant mes péripéties, si tu t'es dit : "Ah oui, je n'y avais pas pensé !", si je t'ai fait réfléchir... eh bien tu peux me soutenir par le biais d'une contribution financière allant de modeste à raisonnable. Chaque franc m'aide à payer les frais et à assurer le fonctionnement de Puissant Bazar Tous les détails se trouvent sur cette page : https://puissantbazar.ch/soutenir/
Découvre ma boîte à outils :
Il faut une sacrée panoplie pour produire des podcasts. Découvre la liste pas encore tout à fait exhaustive de tout le matériel, les applications et autres ressources que j'utilise en allant sur cette page : https://puissantbazar.ch/ressources
Partage l'émission :
Aide d'autres personnes à découvrir Puissant Chantier sur leur plate-forme de podcast/streaming favorite en partageant ce lien : https://puissantbazar.ch/spectacle-du-reel
Ecoute les autres émissions de Puissant Bazar :
- Puissante Panoplie : https://puissantbazar.ch/puissante-panoplie
- Puissant Chantier : https://puissantbazar.ch/puissant-chantier/
- Au Coeur de la Création : https://puissantbazar.ch/au-coeur-de-la-creation
Abonne-toi à ma newsletter :
Dès que je publie un nouvel épisode de mon réseau Puissant Bazar, je t'envoie un message pour te prévenir et partager avec toi mes réflexions autour du sujet de l'épisode du jour. Rassure-toi, c'est court et gratuit. Abonne-toi en suivant ce lien : https://puissantbazar.ch/newsletter
Restons en contact :
- Email : laurent@puissantbazar.ch
- Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PL3TFwk44n3WToLq57xUoqAJee0aw6u8xx
- Facebook : https://www.facebook.com/puissantbazar
- Instagram : https://www.instagram.com/pssbazar/
[00:00:10.860] - Laurent
La goutte de pluie s'enfonce dans le tissu de ton manteau. Puis une autre. Tu regardes en l'air. Les gouttes deviennent plus épaisses et tombent au ralenti comme des flocons mal dégrossis. L'hiver ferait-il un dernier coup d'éclat avant de céder momentanément sa place ? Tu ne sais plus la date du jour ou même le mois de l'année. Les saisons s'enchaînent et se mélangent sans logique. Tu as besoin de quelques secondes pour descendre du train de tes pensées. C'est ton tour de traverser la route. Tu lèves brièvement la main pour t'excuser. Cela ne change rien. L'homme dans la voiture a vécu une longue journée, lui aussi. Tu t'apprêtes à enfreindre deux règles essentielles et personnelles. Faire des courses juste avant la fermeture et avec le ventre vide. Le risque est réel, mais tu n'as pas le choix. Tu dois acheter l'essentiel pour survivre. Et malgré l'insoutenable légèreté de ton porte-monnaie, tu plonges dans le supermarché. L'air est chargé d'humidité. Il [00:01:40.900] reste peu de temps. Sois efficace. Heureusement, que tu as fait une liste de courses. Tu visualises clairement le petit morceau de papier sur la table de ta cuisine. Pas grave. Ça va te revenir. Tu dois acheter de la nourriture saine et équilibrée.
[00:02:05.860] - Laurent
Rien de compliqué. D'accord, des brocolis, des courgettes, de la salade, des carottes. Oh, les tomates sont en promo. Tu prends aussi. Bon début. Tu es sage et discipliné. Et des avocats ? Ils ne sont pas très fermes, presque trop mous. Non, pas le temps. Et surtout, tu n'as pas envie de jouer à cette loterie. Ensuite, tu saisis une livre de pain sans même t'arrêter et soudain, tu te figes. Les pâtes, le riz, c'était par là ? Tu plisses les yeux comme si cela allait t'aider à t'y retrouver. Ils ont encore changé la disposition des rayons. Les gens qui travaillent ici font-ils ça pour rire ? Tu respires un bon coup en cherchant du regard le coupable. Tu aperçois un silhouette en uniforme au bout du rayon. Ces couleurs, ce n'est pas de la haute couture. Bref. Excusez-moi, Madame. Bonjour, bonsoir. Je cherche le riz. Une queue de cheval indisciplinée se retourne et un visage éteint te fait face. Elle rassemble ses dernières ressources pour te répondre poliment. On a changé des étalages. [00:03:36.460] C'est par là. Vous voyez le rayon des huiles ? Elle voit que tu ne vois pas, alors elle t'accompagne. C'est pour faire quoi ? Elle reconnaît la lassitude dans tes yeux et patiemment repose la question autrement.
[00:03:54.220] - Laurent
Soudain, elle s'anime, elle esquisse un sourire, ses yeux brillent. Alors, pour faire du riz sauté, ne prenez pas du riz au jasmin, c'est trop collant et compact. Il est délicieux, mais pas le meilleur choix pour ce genre de plat. Voilà, c'est celui-là. Et prenez de la bonne sauce soja, ça vaut la peine. C'est tout. Il ne te faut rien d'autre. Bonne soirée à vous aussi. Tu reprends tes courses, dix minutes avant la fermeture. C'est le dernier sprint. Des œufs. Tu fais un détour par le rayon aliment du reste du monde. Tu te félicites d'avoir réussi à passer à côté des biscuits sans craquer. Même sans ta liste, tu réalises un parcours remarquable. Maigre fierté. Tu attends la caisse. Les riches ont de l'argent et les pauvres ont du temps. Et tu as l'impression de n'avoir ni l'un ni l'autre. Derrière toi, un petit garçon porte dans ses bras un paquet de farine. Quel un petit sachet de levure et un carton avec quatre œufs. Il ne dit rien, mais il te regarde. Pour lui, c'est important. [00:05:24.300] On l'attend pour la suite. En quelques secondes, tu comprends tout ça et tu le laisses passer devant en toi.
[00:05:30.960] - Laurent
Il te remercie en déposant tout à la caisse. Puis, il sort de sa poche un billet de 20 tout chiffonné. Tes courses défilent sous tes yeux et tu penses déjà à la soirée, à ta soirée. Tu auras enfin ton moment, celui où le reste du monde n'a pas d'importance. Tu vas te donner le droit de ne pas faire grand-chose. Tu te réjouis d'avance. Par carte ? Oui, merci. Bonne soirée à vous aussi. Tu sors dans la rue. La pluie a cessé et le soleil est revenu timidement. Tu le distingues à travers de fins nuages qui diffusent la lumière comme du papier calque. Les rayons sont doux et chauds. Ils sont comme un compagnon invisible qui marche à tes côtés. Un ami bienveillant qui ne demande rien. Il est présent pour t'écouter, mais n'a pas peur du silence. Il ne craint pas de se taire, il n'est pas envahissant. Tu marches seul sur l'asphalte encore humide. Peut-être que que le printemps s'est installé [00:07:01.980] et qu'il ne cèdera plus du terrain à l'hiver. Ce n'est pas trop tôt. Tu arrives chez toi. Tu lâches un soupir. Tu fermes la porte qui coince un peu. Le bois aussi a travaillé.
[00:07:24.640] - Laurent
Tu appuies ton épaule contre la porte avant de tourner la clé. Tu ne vas pas ressortir. Ce soir, c'est calme. Il n'y a personne d'autre ici. Même le voisin d'au-dessus n'est pas là. Pas de musique, pas un bruit. Ton chez toi est à toi. Le château t'appartient. Tu réchauffes dans la poêle les restes de la veille. Sans raison, tu ouvres une bouteille d'eau pétillante. Tu choisis un beau verre. Ce n'est pas trop ton genre, mais ce soir, tu as envie de faire autrement, comme quand tu reçois du monde. Tu places tout sur un plateau et tu t'invites dans ton salon. Tu t'installes sur le canapé qui est trop ferme et trop neuf, car il n'a pas été assez utilisé, assez usé. Mhmm, c'est bon quand c'est réchauffé. Tu regardes le mur d'en face. Il y a ce tableau décoratif, générique et inoffensif. Les motifs ne disent rien, les couleurs n'agressent pas. Tu l'as acheté pour combler un vide. Ce mur trop lisse et sans aspérité. Remplir du blanc avec [00:08:54.680] du presque rien. Où as-tu mis ton téléphone ? Il est juste là. Tu as réussi à ne pas le regarder pendant au moins 10 minutes. Pas de notification, aucun message.
[00:09:08.620] - Laurent
Personne ne te cherche. Normalement, tu aurais regardé un film. Tu aurais suivi une suggestion, car si tu as aimé ceci, tu aimeras cela. Mais la plateforme n'a aucune idée de ce que tu veux. Et toi, tu sais que tu n'as pas besoin d'une intrigue banale et d'un scénario bancal. Non, ce qu'il te faut, c'est évident et tellement basique. Un bon bain bien chaud, avec beaucoup de mousse qui sent bon. Mais c'est quoi ce cliché ? Et merde, pourquoi pas ? Tu ouvres les robinets au maximum. Ils toussent et crachent de l'eau brune. Ah ouais, ils ont fait des travaux dans la journée. Tu laisses couler quelques secondes et le liquide reprend une teinte plus familière. La vapeur monte, la mousse s'épaissit. Tu te déshabilles en esquissant une petite grimace. Tu roules les épaules. Tu as accumulé beaucoup de tension durant la journée. Tu trempes une main dans l'eau, puis tu brasses un peu. [00:10:39.760] Parfait, c'est prêt. Tu poses un pied dans la baignoire. Un peu trop chaud ? Non, juste bien. Tu t'installes, tu fermes les yeux et en quelques secondes, tu te détends. Tu te laisses glisser encore un peu pour avoir les oreilles dans l'eau. Et là, dans le silence aquatique, tu n'as besoin de rien d'autre.
[00:11:29.820] - Laurent
Tu es comblé.e.

