Dans cet épisode :
Tu pensais seulement être en retard pour le travail. Tu ne savais pas encore qu’un arrêt forcé au milieu du trafic allait transformer ta journée en parenthèse inattendue.
Transcription de l'épisode :
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Production :
Présentation, rédaction, enregistrement et site internet : Laurent Mäusli
Crédits musiques :
Générique/intro : "Arbor Lane" par Zach Foty
Générique de fin : "Leave Me Not Alone" par Lainey Wright
Musiques libres de droits :
Spectacle du Réel ne serait pas tout à fait pareil sans musique. Pour créer l'ambiance que j'ai en tête je plonge et pioche dans le vaste catalogue des sources suivantes :
- Audiio (lien affilié) : https://ref.audiio.com/th53nw5b
- Uppbeat : https://uppbeat.io/
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[00:00:14.100] - Laurent
Tu sens l'air frais sur ton visage et dans tes poumons. Tu fais un premier pas pour tâter la fermeté du sol. Tu es sur la crête d'une montagne si haute que les nuages sont à ta hauteur. Il ne faudrait pas tomber. Pourtant, tu n'as pas peur, tu n'as pas le vertige. Tu avances encore de quelques pas. Aucun danger. Juste un moment suspendu en pleine nature. La joie s'empare progressivement de toi. Où es-tu ? C'est le paradis, ici. Tu ris, tes foulées s'allongent, puis tu te mets à courir sur l'étroites bande de terre. Tu bondis de plus en plus loin, comme un être surhumain. Tu écartes les bras et soudain, tu plonges dans le vide. L'attraction terrestre aurait dû te rappeler à l'ordre. Et pourtant, tu planes à travers les nuages. Tu virevoltes, à gauche, à droite, et hop, tu frôles les cimes des arbres. Oh là, tu évite des pics rocheux. Tu es un oiseau, tu es libre. Tu es... Tu es chez toi, dans ton lit. Tu détestes ça, être réveillé au milieu d'un rêve. Ça sonne toujours trop tôt. Tu refermes les yeux. Encore une minute ou deux. Ou 20 minutes ? Non, pas ça, pas aujourd'hui.
[00:01:39.700] - Laurent
Ok, pas de panique, faisons les choses dans l'ordre. Tu tâtonnes pour trouver ton téléphone. C'est mardi. Tu passes vite aux toilettes, tu inspires profondément. Tu es un peu en retard. Rien de dramatique, tu vas le rattraper. Mais il faudra choisir entre la douche et le petit-déjeuner. C'est vite décidé. Tu écartes le rideau de la douche avant de tourner les robinets. Du chaud et un peu de froid. Ok, ça devrait aller. Pas le temps de faire dans la finesse. Ah, c'est froid ! Shampoing, savon, tu rinces et c'est bon. Tu te sèches en t'observant dans le miroir. La journée s'annonce compliquée. Tu rêves d'un café et un thé, n'importe quoi pour te donner un surplus d'énergie. Mais ça devrait attendre la pause de 10h00. En attendant, tu te brosses les dents, tu te coifferas dans la voiture, tu ouvres ton armoire. Tous ces habits et si peu de couleurs, même si tu ne portes pas officiellement un uniforme, C'est presque pareil. Ça manque de folie, d'audace, de vie. Mais ce n'est pas ce matin que tu pourras réinventer ta garde-robe. Tu choisis de l'élégant et du fonctionnel, car tu risques de devoir courir ce matin. Tu fais un dernier contrôle: téléphone, sac, clé de voiture.
[00:03:09.240] - Laurent
Qu'est-ce que tu oublies ? Tu ne sais pas, tu ne sais plus. Pas grave. Tu verrouilles la porte d'entrée et dévoile les escaliers. As-tu encore assez d'essence ? Oui, ça devrait le faire. Tu passes devant ta boulangerie préférée et croises le regard de Fred. Il a l'air déçu que tu ne t'arrêtes pas cette fois-ci. Tu hausses les épaules en tapotant sur le poignet où tu as oublié de mettre ta montre. De manière théâtrale, il joue l'homme triste en plaçant une main à son front. Comme si c'était une tragédie, tu hoches la tête en souriant avant de traverser la rue. Une forme se glisse en périphérie de ton champ de vision. Tu as failli ne la voir. Tu restes figé, le souffle coupé. Tu dis: Désolé. On ne les entend pas ces voitures électriques, c'est dangereux. Ton but ce matin, c'est littéralement de rester en vie. Ok. Tu tournes le contact de ta voiture. Tu es trop stressé pour écouter ton podcast favori ou même pour mettre de la musique. Il n'y a pas une seconde à perdre. Tu vas prendre la petite route que tu n'aimes pas trop, mais c'est un raccourci. Alors si tu peux rattraper quelques minutes, c'est déjà ça.
[00:04:42.060] - Laurent
Tu roules aussi prudemment que ton stress t'autorise. Tu jettes un œil dans le rétroviseur et tu aperçois une masse sombre. Mais ça sert à quoi d'avoir une voiture aussi grande ? Elle est énorme. Un noir mat. On dirait la voiture de Batman. Surtout, elle est bien trop proche. Un homme encore plus pressé que toi. Tu t'écartes sur le bord de la route pour le laisser passer, qu'il aille sauver le monde. Tu arrives bientôt sur l'autoroute, pourvu que ça roule bien. Tu n'as aucune marge. Jusque-là, le trafic est fluide, la chaussée est sèche. Tu sais que tu vas y arriver. Malheureusement, tu sens progressivement un ralentissement s'installer. Tu roules à 121 km/h. 111, 102. Les voitures se rapprochent. 83, 64. Et tu dois freiner brusquement. Arrêt total. Pas ça, pas aujourd'hui. Non, pas maintenant. Tu as tellement à faire. Au loin, tu distingues un panache de fumée noire qui annonce une longue attente. Tu n'y peux rien. Et [00:06:12.880] tu ne peux rien faire. Ah si. Tu saisis ton téléphone. Hello ? Oui, c'est moi. Ça bouchonne. Oui, un peu avant la sortie. Probablement un accident. Ça n'avance pas du tout. J'en ai pour un moment. Commencez sans moi.
[00:06:32.140] - Laurent
J'arrive quand je suis là. Enfin, dès que possible. Enfin bref, à tout à l'heure. Tu regardes fixement devant toi. Aucun changement. Tu soupires, tu es affamé et déjà épuisé avant que la journée de travail n'ait commencé. Tu te penches en avant et tu appuies ton front contre le volant en essayant de rester calme. On frappe à ta vitre. Tu sursautes et tu regardes sur ta gauche. Une femme d'une quarantaine d'années en tailleur te fait un signe circulaire bizarre. Ouh là, celle-ci n'a pas non plus eu le temps de se coiffer. Oui, la fenêtre. La femme te sourit. Croissant ou pain au chocolat ? Tu baisses les yeux. Elle tient un grand carton rempli de pâtisseries. Alors, j'ai aussi des pains à la vanille et des donuts ou même des cupcakes. Tu la regardes, incrédule. C'est ceux-là, les ronds avec la crème dessus, ils sont délicieux. Oui, c'est mon anniversaire. Je voulais amener tout ça au bureau pour la pause de 10 heures, mais c'est mal barré ou bien barré. Je ne sais plus l'expression. En tout cas, on a le temps. Et on ne va pas manger des croissants à midi. Allez, servez-vous. Tu tends timidement la main pour attraper un croissant.
[00:08:00.000] - Laurent
Prenez-en plus. On est coincé ici, alors autant se faire plaisir. Tu saisis encore un pain au chocolat. Et soudain, la femme disparaît. Puis, elle revient en une fraction de seconde avec une tasse en carton. C'était pour ma collègue, mais la pauvre, elle est toujours en train de m'attendre. C'est un café, il est encore un peu chaud. Crème, sucre ? Ne bougez pas. J'ai même des serviettes. Tu la remercie mille fois. Tu fermes les yeux en savourant ce petit déjeuner impromptu. Ça vaut bien les croissants au beurre de Fred. Oh, un seul merci suffit. Ça serait bête de gâcher. Je vous laisse. J'ai un appel. Bonne journée quand même. Oui, bon anniversaire. Tu la regardes faire le tour de sa voiture, puis se rasseoir au volant. Oui, c'est une belle journée quand même. Tu essuies les miettes sur tes genoux. Tu regardes dans le miroir. Tu peux aussi prendre quelques minutes pour te coiffer. Quitte à être très en retard, autant être présentable et avec une bonne haleine. Tu dois avoir des bonbons à la menthe quelque part. Rien dans le vide-poche, peut-être dans la boîte à gants. Oh, quel bazar ! Il faudrait vraiment que tu fasses de l'ordre une [00:09:30.170] fois, dans un ou deux mois ou l'année prochaine.
[00:09:36.240] - Laurent
Pour mieux voir, tu sors une pile de CD. Tiens, il est là. Tu croyais l'avoir perdu. Sûrement l'un des premiers CD que tu as achetés dans ta vie. Tu l'avais vu dans la boutique, dans la vieille ville. Tu te souviens de la première fois où tu as vu cette pochette absurde avec ses couleurs vives. Le disquaire t'observait avec des étoiles dans les yeux, comme si tu avais découvert un trésor. Comment il s'appelait déjà ? Pierre-Michel, Pierre-André ? Pierre quelque chose. Pourtant, tu vois encore parfaitement sa tête de trentenaire cool avec ses cheveux roux en bataille qu'il tentait de maîtriser sous un bonnet. Tu avais fait l'erreur de lui demander si c'était bien. Mais c'est plus que bien. C'est massif. Ça va te calmer, te retourner les neurones en même temps. C'est le genre d'album que tu détestes dans les premières secondes, puis que tu adores pour le reste de ta vie. Il avait ensuite détaillé toute la discographie du groupe. Sur le moment, tu t'étais dit qu'il en faisait trop et tu n'avais pas tout compris. Mais ensuite, tu l'avais écouté sur la platine du magasin et dans ton corps, dans ton cœur, tes tripes, tout est devenu limpide.
[00:11:05.440] - Laurent
Cette voix, ces mélodies, tu aurais pu pleurer sur place. Mais tu n'avais pas osé. Tu avais juste dit: Merci. En donnant l'argent à Pierre quelque chose. Il avait juste répondu avec plaisir. Il avait juste vu que tu avais ressenti la musique et sa journée était devenue parfaite. Presque 20 ans plus tard, tu retrouves cet album avec son boîtier rayé et son petit feuillet que tu as lu des centaines de fois. Tu tiens la galette à la surface arc-en-ciel entre tes doigts. Tu as peur que la musique ne soit pas aussi belle que dans tes souvenirs. Tu dois savoir. Alors tu glisses le CD dans le lecteur qui l'avale avec un bruit inquiétant. Puis la musique démarre. Et c'est aussi bon qu'avant, encore plus beau. C'est sublime. Seul dans ta voiture, au milieu du trafic, tu pleures de joie, de bonheur et de reconnaissance.
[00:12:32.340] - Lainey Wright
(Leave oh, leave me not alone, stay by my side till we go home. Leave, oh, leave not without me, take my hand when you cross over the sea. (Leave, oh, please, before you go, won't you come on by and let me know ? (Leave, oh, please, I'm coming to The sun won't rise, you without you. Leave me not alone. When you find the end before you start again, wait for me. Leave me not alone. Hold the door, I'm right behind you, darling. Wait for me. Wait for me, oh.

