Corne de brume
Spectacle du Réel16 août 2026
5
19:4413.62 MB

Corne de brume

Dans cet épisode :

Tout le monde cherche son trésor. Même en vacances, à la plage et sous la pluie. Même si une météo maussade peut gâcher ta journée, elle peut aussi te faire voyager dans le temps et te faire prendre de la hauteur. Ecoute le signal.

Transcription de l'épisode :

Retrouve la transcription complète de l'épisode ainsi que toutes les références sur puissantbazar.ch : https://puissantbazar.ch/spectacle-du-reel

Production :

Présentation, rédaction, enregistrement et site internet : Laurent Mäusli

Crédits musiques :

Générique/intro : "Arbor Lane" par Zach Foty

Musiques libres de droits :

Spectacle du Réel ne serait pas tout à fait pareil sans musique. Pour créer l'ambiance que j'ai en tête je plonge et pioche dans le vaste catalogue des sources suivantes :

  • Audiio (lien affilié) : https://ref.audiio.com/th53nw5b
  • Uppbeat : https://uppbeat.io/

Soutiens l'émission :

J'adore faire des podcasts, mais cela demande des ressources importantes en temps et en argent. Si mon travail a changé ta vie ou juste ta journée, si tu as souri en entendant mes péripéties, si tu t'es dit : "Ah oui, je n'y avais pas pensé !", si je t'ai fait réfléchir... eh bien tu peux me soutenir par le biais d'une contribution financière allant de modeste à raisonnable. Chaque franc m'aide à payer les frais et à assurer le fonctionnement de Puissant Bazar Tous les détails se trouvent sur cette page : https://puissantbazar.ch/soutenir/

Découvre ma boîte à outils :

Il faut une sacrée panoplie pour produire des podcasts. Découvre la liste pas encore tout à fait exhaustive de tout le matériel, les applications et autres ressources que j'utilise en allant sur cette page : https://puissantbazar.ch/ressources

Partage l'émission :

Aide d'autres personnes à découvrir Puissant Chantier sur leur plate-forme de podcast/streaming favorite en partageant ce lien : https://puissantbazar.ch/spectacle-du-reel

Ecoute les autres émissions de Puissant Bazar :

  • Puissante Panoplie : https://puissantbazar.ch/puissante-panoplie
  • Puissant Chantier : https://puissantbazar.ch/puissant-chantier/
  • Au Coeur de la Création : https://puissantbazar.ch/au-coeur-de-la-creation

Abonne-toi à ma newsletter :

Dès que je publie un nouvel épisode de mon réseau Puissant Bazar, je t'envoie un message pour te prévenir et partager avec toi mes réflexions autour du sujet de l'épisode du jour. Rassure-toi, c'est court et gratuit. Abonne-toi en suivant ce lien : https://puissantbazar.ch/newsletter

Restons en contact :

  • Email : laurent@puissantbazar.ch
  • Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PL3TFwk44n3WToLq57xUoqAJee0aw6u8xx
  • Facebook : https://www.facebook.com/puissantbazar
  • Instagram : https://www.instagram.com/pssbazar/

[00:00:12.700] - Laurent

Un vent frais te caresse le visage pour t'extraire en douceur de ton sommeil. Tu ouvres lentement les yeux. Tu distingues des nénuphars. En peinture. Tu ne sais pas où tu es. Ah oui, c'est une chambre d'hôtel. Tu es en vacances. Vous êtes en vacances. Les autres dorment encore. Le jour d'avant était trop rempli. La soirée s'est prolongée au-delà du raisonnable. Tu te redresses pour regarder par la fenêtre. Tout est gris, humide et brumeux. Tu sens la proximité de la mer sans réellement la voir. Tu savoures cette parenthèse pluvieuse, cette heureuse cassure dans un séjour surchargé. Aujourd'hui, il ne se passera rien et cette perspective te réjouit. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, tu enfiles une paire de pantalons, un T-shirt et un pull léger. Tu fouilles dans ta valise, mais est-ce que tu l'as prise ? Là voilà, ta veste de pluie. Tu ne pensais pas en avoir besoin. Tu troques tes sandales pour tes des chaussures de marche. Tu jettes encore un regard vers les autres. Personne n'a bougé. Tu griffonnes un message sur un bloc de papier. Je pars me promener sur la plage. [00:01:42.940] Ne m'attendais pas pour le repas de midi. À plus tard. Tu fermes doucement la porte de la chambre.

[00:01:51.740] - Laurent

Tu traverses les couloirs feutrés de l'hôtel, puis tu décides d'emprunter les escaliers de secours pour échapper à la musique de l'ascenseur. Tu ne supportes pas l'idée de t'infliger une fois de plus cet air classique et entêtant qui semble avoir été massacré avec un plaisir évident par un être peu scrupuleux. Tes pas résonnent sur les marches métalliques. Tu accélères comme s'il y avait une urgence. L'appel de la mer. Tu passe devant le buffet du petit déjeuner, mais tu n'as pas faim. Tu attrapes juste une pomme avant de sortir par la porte tournante qui résiste vaillamment à ton envie d'air maritime. Tu refuses poliment le parapluie que le chauffeur de l'hôtel te propose. Contrairement à ce qu'on pense, les parapluies ne protègent pas physiquement de la pluie. Ils servent surtout à empêcher la pluie de tomber. Il suffit de l'avoir avec soi pour écarter tout risque de pluie. Bonne journée à vous. Tu traverses la rue. Pas de trafic, pas de voiture, pas de vélo, pas une âme en vue. Tous les autres humains dorment. La fin du monde est proche. Ton imagination va trop loin, mais [00:03:21.800] tu as besoin de ce vide.

[00:03:24.140] - Laurent

Tes semelles dures tapent avec un bruit sourd sur le bitume avant que tu ne rejoignes le sable humide de la plage. Le vent et le crachin t'obligent à déployer le capuchon de ta veste. Toujours personne, toujours l'apocalypse en version relaxante, avec seules les mouettes comme spectatrices. Tu marches lentement au bord de la mer. Tu fermes brièvement les yeux pour absorber pleinement le moment. Quand tu ouvres à nouveau les yeux, tu aperçois une étrange silhouette de femme dans la brume. Tu devines un chapeau, un imperméable, un sac à dos et surtout un drôle d'outil, comme si elle passait l'aspirateur sur la plage. Par curiosité, tu t'approches et tu entends des bruits surprenants, comme des signaux d'avertissement. Tu es à présent à quelques pas de la dame. Sous son chapeau trempé, tu devines ses cheveux courts et quelques mèches grisonnantes. Elle lève la tête et te sourit avant de dire: Sale temps pour des vacances. Désolé pour toi. Mais t'es bien équipée. Au fait, salut, moi, c'est Mireille. Elle te tend une main rugueuse. La poigne est [00:04:54.220] sûre et puissante. Tu oublies de te présenter car une question te brûle les lèvres et tu te lances.

[00:05:01.760] - Laurent

Mais vous faites quoi là ? Tu pointes du doigt son étrange outillage. Ça, c'est un détecteur de métaux. C'est celui de mon mari. Depuis qu'il est parti à la retraite, il tournait en rond à la maison. Quitte à tourner en rond, autant le faire en plein air. Il l'a utilisé deux fois avant de dire que c'était trop compliqué, ces trucs modernes. Moi, je n'aime pas jeter alors j'ai essayé et j'ai bien croché. Certaines personnes promènent leur chien. Moi, je me promène et je cherche des trésors. Elle fouille ensuite dans ses poches. Avant d'en ressortir une vieille pièce en étain. Tiens, c'est pour toi. C'est une pièce avec deux faces identiques. Quoi que tu fasses, elle tombera toujours du bon côté. Ça te portera bonheur. Et sans rien dire d'autre, elle se retourne et disparaît progressivement dans la brume. Tu fais tourner la pièce entre tes doigts avant de la mettre dans ta poche. Tu reprends ta promenade. Malgré la relative fraîcheur et la fine pluie qui tombe presque à l'horizontale, tu apprécies ce moment de solitude. [00:06:33.940] Soudain, plus loin sur la plage, tu remarques un point rose qui se détache sur le sable terne. Tu fais quelques pas pour voir ce que c'est.

[00:06:45.520] - Laurent

C'est juste un seau, un jouet oublié par un enfant. Il y a même la petite pelle et le râteau. Tu regardes à gauche, puis à droite, avant de t'accroupir. Tu n'avais pas ça dans ton enfance ! Tu remplis le seau de sable humide. Parfait. Le matériau est dense, mais pas trop humide. La texture est idéale pour une construction ambitieuse. Il faut au minimum quatre tours et des hauts remparts avec des douves autour, sinon ce n'est pas un vrai château fort. Les murs s'élèvent, tu les sculptes, tu les lisses, ça prend forme. Tu te relèves et tu recules de quelques pas pour admirer ton ouvrage. Tu tâtes tes poches pour retrouver ton téléphone, mais tu l'as laissé à l'hôtel. Quelques vagues s'approchent dangereusement de ta forteresse. Bientôt, il n'en restera rien, juste le souvenir d'une brève incursion dans l'enfance. Tu ne sais pas combien de temps tu as consacré à cette construction. Mais la faim commence à te tirailler. Tu regardes autour de toi. La [00:08:17.060] plage, la mer et les nuages à perte de vue. Rien ou presque. Il y a un dragon rouge, orange et jaune, avec une longue queue qui dessine des arabesques dans le ciel gris.

[00:08:38.180] - Laurent

Tu sais que c'est un cerf-volant, mais tu imagines que c'est un vrai dragon avec un chevalier des ténèbres qui le chevauche, un géant dans une armure noire comme le charbon. Il est à la recherche de ton château fort. Il veut se venger parce que... Ton imagination a ses limites. Tu essayes de suivre le fil pour retrouver le pilote du dragon sur la plage. Une grande silhouette jaune. Vraisemblablement un homme. Il te fait de grands gestes. Il s'approche de toi. Un géant en ciré jaune de la tête aux pieds. Il doit avoir une tête de plus que toi et quelques décennies d'avance. Il porte une grosse barbe grise, indisciplinée. Sa peau semble burinée par de longues journées passées à l'extérieur par tous les temps. Bonjour, dit-il d'une voix rauque, mais amical. Vous avez faim ? Avant que tu aies le temps de répondre, il enchaîne. Ça vous dit une tartiflette ? Par ce temps, ça ferait du bien, non ? Mon ami est déjà en train de cuisiner. Il en fait toujours trop. Il dit que c'est pour les gens de passage. Allez, on vous invite. On habite le duplex, juste là. [00:10:08.680] Il rit en faisant un geste de la tête.

[00:10:12.820] - Laurent

Tu suis son regard jusqu'à tomber sur l'ombre majestueuse du phare. Tu hésites face à cette surprenante demande. Manger une tartiflette dans un phare, ça ne se refuse pas. À la bonne heure, je vous accompagne. Il enroule patiemment la cordelette du cerf-volant, avant de tendre le bras pour le saisir. Le vent, ça ne manque pas dans le coin. Ah ouais, je m'appelle Gregor. Suivez-moi. Vous marchez en silence en direction du phare. Tu te sens en sécurité. Tu as l'impression d'avoir reçu une invitation spéciale et il t'escorte. Deux secondes. Je range mon dragon et j'arrive. Il disparaît dans une vieille cabane en bois. Tu lèves les yeux vers la colline sur laquelle se dresse le phare. Il est fait de briques, peint en blanc, avec à son sommet la galerie de couleurs rouges. Accolée au phare se trouve une maison en pierres naturelles qui sont recouvertes de lichens et d'herbes. C'est comme si la maison avait été là avant le phare. Gregor referme la porte de la cabane. Tu te retournes vers lui: Je vous ferai visiter le phare après le déjeuner. Vous faites les derniers pas qui vous séparent de la maison. [00:11:43.000] Sans hésiter, Gregor entre en premier en criant: Clément, c'est moi.

[00:11:49.540] - Laurent

On a de la compagnie pour le déjeuner. Il y a assez de tartiflette pour trois ? Une tête dépasse de l'encadrement de la porte de la cuisine et un grand souris illumine un visage faussement juvénile. Il a la cinquantaine resplendissante. Il semble fraîchement rasé. Il a juste une fine paire de lunettes rondes sur son nez. C'est un grand et fin gaillard qui s'approche. Oh Gregor, tu sais qu'il y a toujours assez de tartiflette. Pour autant que notre invité accepte de manger ça en plein été. Allez, prenez place, dit-il en montrant la table déjà dressée. Tu regardes autour de toi. Tu es comme dans une ferme avec du mobilier rustique, massif et solide. Il y a des lattes de bois contre les murs qui te rappellent l'ambiance d'un chalet avec la vraie cheminée pour compléter le tout. Gregor enlève ses vêtements cirés avant de s'asseoir en face de toi. Il pose une bouteille de vin sur la table. Il la débouche et te verse un verre sans te demander si c'est en ordre pour toi. Il remplit son verre, puis celui de Clément, qui arrive en portant le plat de tartiflette. Gregor suit attentivement Clément du regard avec un petit sourire.

[00:13:13.800] - Laurent

Il y a de la tendresse dans ce sourire. Il y a de la reconnaissance. Gregor a saisi ton regard attentif. Alors, il te raconte tout. Clément est venu en été ici, pas juste pour les vacances, mais pour commencer un nouveau chapitre, loin des montagnes, loin des gens qui ne voulaient pas comprendre. Il n'est jamais reparti de ce bord de mer. Il a presque tout laissé derrière lui. Il a juste gardé la recette de la tartiflette. Quant à Gregor, c'était un homme de la mer, un homme qui savait seulement partir. Et qui avait de la peine à revenir. Mais à l'approche de la retraite, il s'est installé sur ce bord de mer. Gregor sourit en regardant Clément. Tu avais l'air de débarquer d'une autre planète et je ne pensais pas que tu resterais. Mince, on raconte notre vie et la tartiflette refroidit. Allez, bon appétit et bienvenue chez nous. Clément lève son verre. À la santé des inconnus qui ont de la peine à repartir. Tu manges avec plaisir ce plat inattendu pour l'endroit et la saison. Avec gourmandise, [00:14:44.400] tu reprends une seconde assiette de tartiflette. Gregor lève un doigt. Ah oui, je n'ai pas oublié de te faire visiter le feu.

[00:14:54.120] - Laurent

On prend le café en haut ? Il saisit un panier en osier dans lequel il dépose une cafetière, des tasses en métal, des cuillères, un pot de crème et un sucrier. Chaque objet trouve sa place au fond du panier, dans un petit compartiment découpé à sa taille. Prêt pour la montée ? dit Grégor. Il ouvre une petite porte avant de se tourner vers toi. J'ai bricolé ce passage. Le vrai luxe, c'est d'aller au boulot sans se mouiller, non ? Tu suis Gregor dans l'escalier en colimaçon. Il s'arrête à un premier étage. Clément explique: Là, c'est la salle de veille. Le confort est un peu spartiate, mais il y a toutes les commodités et ce qu'il faut pour passer la nuit au calme. C'est comme notre canapé quand on se dispute. Dernière étape: la galerie et notre joyau. Tu ne sais pas trop de quoi il parle, mais tu reprends l'ascension sans rien dire. Tu gravites les dernières marches vers la lumière du jour et en arrivant au sommet, tu comprends. Au milieu de la lanterne trône l'énorme lentille qui projette au loin la lumière du phare. Pour l'instant, il est éteint, mais tu imagines sans peine son rayon [00:16:24.340] percer la pénombre, la brume et la tempête pour dire aux marins qu'ils sont arrivés.

[00:16:35.660] - Laurent

La pluie a cessé et quelques rayons de soleil parviennent timidement à traverser la couche de nuages. Gregor a ouvert la porte pour sortir sur la galerie. Il y a une petite tablette en métal sur laquelle il dépose tout le contenu du panier. Clément verse le café. Tu les rejoins. La vue est magnifique et vertigineuse. L'air de la mer remplit tes poumons. Tu fermes les yeux en aspirant profondément. Gregor sourit en t'observant. Ça vaut bien l'air des montagnes. Tu ne sais pas. Clément ne dit rien. Il est appuyé sur la rambarde et regarde l'horizon en buvant tranquillement son café. Gregor tend le bras pour te passer une tasse de café. Merci. Et pas que pour le café, pour tout.