« Je suis une personne qui se perd, qui fait des détours tout en essayant de viser la bonne direction. Et par-dessus tout, je ne dois pas arrêter de créer car ce serait le début de la fin… Alors que c’est tout le contraire. C’est un redémarrage. »

Transcript

- Que ferais-tu si tu perdais tout dans un incendie ?

- Je recommencerais tout à zéro. Et ce serait sublime.

C'est par ces mots que débutais ma vidéo Maelström. Ce projet illustrait en quatre phase le processus créatif. Comme tu l'as peut-être vécu, on arrive régulièrement à un point où on a envie de faire table rase. Parfois ce changement radical nous est imposé par les circonstances de la vie. Je te rassure ma maison n'a pas été réduite en cendres. Elle n'a subi aucun dommage. Par contre, ma vie privée a pris un virage radical. Depuis plusieurs mois, ma femme et moi sommes séparés. Et depuis un mois et demi, j'ai emménagé dans un nouvel appartement. J'ai beaucoup hésité à t'en parler car cela ne te concerne pas. Enfin pas directement. D'ailleurs, je ne vais pas étaler les détails de cette rupture. Mais je veux être fidèle à mon engagement avec toi, c'est-à-dire rester humain et accessible. Je ne suis pas qu'une voix. Je suis une personne qui se perd, qui fait des détours tout en essayer de viser la bonne direction. Et par-dessus tout, je ne dois pas arrêter de créer car ce serait le début de la fin... Alors que c'est tout le contraire. C'est un redémarrage. Je fais quelques pas en arrière pour caler mes pieds dans les starting-blocks.

Mon salon est mon studio. Il y a de l'espace et tout résonne. Tout vibre. Je tremble d'impatience. Il n'y a pas de poussière, pas d'échafaudage, pas de grue, pas de camion car le chantier est surtout dans ma tête. Je m'appelle Laurent et je te souhaite la bienvenue dans Puissant Chantier.

Excuse le désordre. Je n'ai pour habitude d'inviter quelqu'un quand presque rien n'est rangé. Mais je sais que tu comprends. Parce que si tu as vécu, tu es passée par ces phases de transition où toute ta vie est coincée dans des cartons. Et progressivement tu déballes tout, tu refais le tri et ça va mieux.

Je t'avoue que c'est éprouvant de traverser cette période. Je me sens usé par le quotidien, par la norme de mon vrai métier, celui qui me permet de payer mes factures. En fait, j'ai une impression de déjà-vécu. Ca me rappelle l'époque où je travaillais comme steward dans l'aviation. Je donnais, je dépensais beaucoup d'énergie pour ne pas recevoir grand chose en retour. Souvent, tout ce que j'obtenais, c'est un "merci, au revoir". Juste de la politesse. La raison d'être des hôtesses et des stewards, ce n'est pas de servir des repas et des boissons. Non, le personnel naviguant est là en cas d'urgence. Lorsqu'il y a une catastrophe, une panne, un accident. Quand tout va bien, donc presque tout le temps, nous étions une commodité. Des personnes remplaçables. Alors je suis parti pour faire une école de photographie. Je n'ai jamais regretté ce départ.

Oui, je veux être une exception. Je veux tracer une nouvelle voie. Je veux devenir un pro de la création dans un pays où l'on se méfie des personnes qui nagent à contre-courant. Elles s'épuisent alors qu'il est si tentant de se laisser porter par le flot des conventions.

- "Etre artiste ce n'est pas un vrai métier."

- "On ne vit pas de la création."

- "C'est une profession de rêve."

- "Remets les pieds sur terre."

J'ai envie de dire que j'en ai rien à foutre, mais cette fois, je ne vais pas tout plaquer et quitter mon job du jour au lendemain. Un jour, on m'a viré. On m'a poussé dans le vide et je me suis écrasé. Perdre mon travail, ça m'a marqué. J'ai en moi une part de folie, mais elle ne suffira pas pour me faire partir sans rien avoir. Non, je préfère me rendre doucement disponible pour la création. Je compte commencer à gagner de l'argent avec mes podcasts. De différentes manières. Au début, ce sera pour couvrir mes frais, pour ne pas perdre de l'argent. Ensuite, ce sera pour entrer dans le positif puis le largement rentable. Finalement, ce sera pour vivre pleinement, sainement dans l'évidence de la vie d'artiste. Tu sais, cet instant où tout à coup, tu vis ce que tu as toujours rêvé d'être.

C'est drôle, je ne peux pas l'expliquer de manière rationnelle, mais je sais que ça va aller. Depuis un mois ou deux, je me rassure en me répétant cette phrase : "Tout va se mettre en place." Je dois continuer à travailler, comme je peux, à mon rythme. Avec les moyens dont je dispose. Le pire serait de me mettre en colère et de forcer les choses. Oui, ça me rend fou de devoir enregistrer mes podcasts dans un espace qui n'est pas adapté parce que je m'étais habitué à ce que ça sonne bien. Et là je repars en arrière... et je dois me rappeler que c'est pour prendre mon élan. Je vais acheter un tapis, je vais bricoler des panneaux d'isolation acoustique et ce ne sera peut-être pas sublime, mais ce sera suffisamment bien. Et le reste se mettra en place.

Je voudrais commencer à enregistrer mon nouveau podcast, partir à la découverte de ces "Paysages intérieurs", mais pas tout de suite. J'ai lancé quelques invitations, j'ai semé des messages vocaux pour prendre la températures. (Vocaux pour Marian, Loïc et Jeanne) Certaines personnes m'ont dit oui tout de suite, d'autres s'autorisent un temps de réflexion et moi je me permets d'y croire. Ca va le faire parce que je me prépare. Je sais qu'un entretien, une discussion ça ne s'improvise pas. Je dois avoir une feuille de route pour pouvoir raconter l'histoire de mes invité-e-s. Il est vital que je me montre respectueux et véritablement curieux de mieux les connaître pour que ces personnes me laissent visiter quelques recoins de leur monde. Bien sûr que j'ai peur. Peur de leur faire perdre leur temps. Peur d'être maladroit et de poser de mauvaises questions. Peur des silences. Peur de déranger. Peur d'être quelconque et de ne rien ramener d'intéressant. Cependant, ma plus grande peur est de ne pas avoir essayé et de me laisser dévorer par les regrets. Alors, je vais le faire. Peut-être même que c'est vers toi que je vais tendre mon micro. Enfin... dès que j'aurais acheté tout le matériel nécessaire pour mon Puissant Bazar mobile. Parce que j'ai à coeur de rencontrer mes invité-e-s en personne. J'ai horreur du téléphone, je tolère difficilement un appel vidéo. Il y a trop de perte dans le signal, la ligne vacille, la voix se perd et j'ai peur de ne pas comprendre, de ne pas faire honneur à la personne si je ne suis pas physiquement là. Idéalement la communication devrait passer par le corps en entier pour que l'expérience soit totale.

Ah oui, j'ai failli oublier, Puissant Bazar souffle sa première bougie ! Il y a une année, j'ai publié le premier épisode de Puissante Panoplie. J'aimerais que tu puisses participer à la fête en me laissant un message vocal que je diffuserai dans un épisode bonus. Ecris-moi comme d'habitude à laurent@puissantbazar.ch et je te donnerai un numéro pour enregistrer un vocal sur WhatsApp. Ce serait génial si tu pouvais me dire la phrase ou le moment qui t'a le plus marqué dans Puissante Panoplie ou Puissant Chantier. Et j'aimerais aussi savoir : Quelle personne devrais-je inviter dans ma future émission ? Par la même occasion, tu pourras évidemment laisser toutes tes remarques et questions. Je me réjouis de préparer cet épisode spécial.

C'était Puissant Chantier, une émission écrite et réalisée par Puissant Bazar, donc pour l'instant c'est que moi, Laurent. Je te donne rendez-vous dans plus ou moins un mois pour la suite de mes aventures dans le monde merveilleux de la création.

Merci à toi pour ta fidélité et ton soutien. Prends soin de toi et à tout bientôt.