« Fatalement, ça me fait peur. Je doute et je pratique l’auto-sabotage. Cela prend du temps pour désapprendre mes anciennes croyances. »

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Tu vas penser que je suis fou, mais je suis soulagé de ne plus être en vacances. Quand j'ai commencé à penser ce nouvel épisode, je me suis dit que j'avais passé des vacances de merde. C'est un peu extrême comme déclaration et ça manque de nuance. Ca n'a rien avoir avec le fait que je ne sois pas parti très loin ou qu'on n'ait pas eu beaucoup d'occasions de faire des activités en famille. Non, j'ai le sentiment que la tête et le coeur n'y étaient pas. Que je n'étais pas prêt à faire une pause. Il y avait trop de choses à régler pour que je puisse partir l'esprit léger.

D'abord, je n'étais pas au clair dans ma tête par rapport à ce que j'allais faire avec mes podcasts. J'étais au milieu de la troisième saison de Puissante Panoplie et je n'envisageais pas de faire une pause. Ensuite, j'ai pris du retard, j'ai repoussé l'échéance jusqu'au dernier moment. Finalement la pause s'est imposée à moi et je me suis senti tellement mal de n'avoir pas tenu parole. Je voulais aussi enregistrer bien plus tôt cet épisode que tu écoutes là, maintenant. Pour respecter le rythme d'un épisode par mois. Par-dessus tout, j'avais très envie d'organiser un ou deux entretiens pour mon nouveau podcast. Oui, le mot est là : l'envie était présente et j'ai tout foutu en l'air. Pourquoi ? C'est la question du jour et je vais tenter d'y répondre...

Je m'appelle Laurent et j'ai vécu une crise d'auto-sabotage. Tu sais ce moment où tu as tout pour bien faire et que tu finis par prendre toutes les mauvaises décisions ? Ou plutôt, tu ne décides de rien, tu lâches les mains du volant, rien n'avance dans la bonne direction et tu finis dans le mur. Le réveil est brutal et en même temps j'ai le sentiment d'être assommé.

Mais qu'est-ce que j'ai fait pendant presque trois semaines de vacances ?

Je me suis évadé. En anglais, on est dit qu'on est tombé dans un "rabbit hole", un trou de lapin, un terrier. Je n'ai jamais trouvé l'expression équivalente en français. L'idée est que je me suis plongé dans un sujet et j'ai exploré de multiples ramifications. En préparation de mon futur nouveau podcast, j'ai voulu compléter mon matériel audio. Encore faut-il comprendre ce qu'on achète et pourquoi. Cela ouvre de nouvelles portes, cela démultiplie les possibilités. J'avoue que c'était plaisant de se laisser happer par un sujet. C'est grisant d'explorer et d'oublier le temps. Allez, c'est les vacances, je peux me permettre de me coucher tard ou de manger des plats ou des desserts qui me font plaisir. Tu vas me dire qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien. Et je te dirais qu'on trouve toujours un dicton pour justifier un comportement malsain. Il y a plein de personnes qui gèrent très bien leur liberté. Mais moi, il me faut un cadre, même flou pour que je ne sorte pas des sentiers de la création. Autrement, je bascule dans l'auto-sabotage. Mais pourquoi ? Mon hypothèse est la suivante : on a peur du changement. L'humain a besoin de ses habitudes, de ses repères et de son rythme. Même si un changement est bénéfique, on a tendance à résister. A quelque part, c'est absurde car on s'habitue à tout, même à l'inconfort.

Je suis attaché à qui je suis, à mes valeurs, à mon histoire ou plutôt aux histoires que je me suis racontées. Je porte en moi des scripts invisibles, des croyances, des bagages que je traîne depuis des années voire peut-être des générations. Je tire des valises qui n'avaient pas de roulette, en vérité, des boulets. Dans ma famille on regarde les artistes de travers. Quand va-t-il trouver un vrai métier ? Qu'il fasse au moins des études pour qu'il ait un papier. Evitons de faire trop de bruits. Ne dérangeons pas. Soyons déjà contents de ce qu'on a. Parfois, on doit faire des compromis.

Et moi l'air de rien, discrètement, progressivement, je casse ces valeurs presque ancestrales. Je bouscule et je déçois celles et ceux qui attendaient que je fasse comme on a toujours fait. Mon couple idéal s'est brisé, j'ai changé plusieurs fois de travail alors que je tenais la place de rêve.

Fatalement, ça me fait peur. Je doute et je pratique l'auto-sabotage. Cela prend du temps pour désapprendre mes anciennes croyances. Cependant, je suis convaincu que je suis déjà aller trop loin dans cette nouvelle direction pour rebrousser chemin. Je ne dois pas avoir peur de réussir, mais me préparer à réussir. Je dois bouger le curseur de la confiance en moi et passer sur la position où je dois envisager que le succès est peut-être possible. D'une manière ou d'une autre. Même s'il faut faire des détours. Tout va se mettre en place.

En fait, j'entre dans une période charnière où le plus grand risque est d'abandonner car ça ne va pas assez vite, parce que les résultats ne sont pas flagrants. Et c'est précisément à ce moment que je dois persister pour récolter les fruits de mon travail. Je dois être présent, mettre en avant mon podcast, éviter de me cacher. Le travail, c'est aussi apprendre à être fier de ce qu'on fait et ne pas avoir honte de ses erreurs. C'est apprendre à parler, à promouvoir, à partager. Je trouve cela extrêmement dur car c'est contre ma nature. Faire la promotion, c'est un autre métier et en même temps ça fait partie du métier. Je m'efforce aussi de combattre l'idée que parler de son travail c'est égocentrique. Quand je doute, quand tu doutes, rappelons nous que c'est au contraire généreux de partager notre expérience.

C'était Puissant Chantier, une émission écrite et réalisée par Puissant Bazar, donc pour l'instant c'est que moi, Laurent. Je te donne rendez-vous dans plus ou moins un mois pour la suite de mes aventures dans le monde merveilleux de la création.

Si tu penses que ce podcast pourrait aider une autre personne, partage avec elle cet épisode.

Merci d'être là et d'être toi. Prends soin de toi et à tout bientôt.